Cordiam revue cardiologie

heART

The heart pumping blood
Jean Michel Basquiat

Le « coeur pompant le sang » est extrait d’un grand tableau intitulé « In Italian », composé par Jean-Michel Basquiat en 1983. Cette oeuvre est très représentative du travail de cet artiste tant par son style, sa composition et ses couleurs, que par le sujet traité et les très nombreuses références symboliques, historiques et autobiographiques qu’elle contient.

Jean-Michel Basquiat était un artiste particulièrement précoce. Il commence à produire alors qu’il n’a que 20 ans, mais pour une courte durée puisqu’il décède d’une overdose en 1984, à l’âge de 28 ans.
Artiste très original, aux talents multiples, graffeur des rues, musicien et surtout peintre au style immédiatement reconnaissable.
Artiste prolifique, immensément productif, ayant toujours un crayon en main. On dénombre environ 1000 tableaux, plus de 1500 dessins effectués en moins de 10 ans. Artiste pratiquement autodidacte n’ayant pas suivi de formation artistique approfondie mais très cultivé, grâce à sa mère qui l’emmenait dans les musées lorsqu’il était enfant. Il puisait ses références aussi bien auprès de Léonard de Vinci que de Pablo Picasso ou de ses contemporains en particulier américains.
Artiste engagé : véritable éponge de la société américaine des années 80, il aborde de nombreux sujets sociaux et politiques, en particulier ceux traitant de la discrimination raciale et du capitalisme.
Artiste enragé enfin: il disait lui-même « mon travail, c’est à peu près 80% de colère ».
Basquiat était passionné par l’anatomie, suite à la lecture du manuel Gray’s anatomy (1885) offert par sa mère alors qu’il devait rester alité de façon prolongée à la suite d’un accident à l’âge de 8 ans. Il représentait souvent l’intérieur du corps, qu’il considérait comme semblable chez tous les êtres humains quelle que soit la couleur de leur peau.
Il a peu traité le sujet du cœur en tant que tel. On retrouve ça et la quelques allusions comme dans ce tableau où le sujet général est plus vaste. Le cœur est ici très schématiquement représenté. Le dessin partiellement hachuré peut évoquer les 2 ventricules juxtaposés mais sa signification serait bien obscure si elle n’était éclairée par le texte sous jacent. Le mot blood est cerclé de rouge afin d’en souligner le sens. Basquiat accordait une grande importance à l’aspect visuel des mots autant qu’à leur sens et en magnifiait la signification en les soulignant ou les masquant. « Je biffe les mots pour que vous les voyiez d’avantage. Le fait qu’ils soient obscurs vous donne envie de les lire », disait-il.
Notons les 3 représentations superposées du mot TEETH, en lieu et place de la tête du personnage non représentée. Le graphisme des lettres majuscules E et H évoque la disposition des dents sur les mâchoires. Ce symbole était très important pour lui. Lorsque un esclave se voyait reprocher une faute par son « propriétaire », des dents pouvaient lui être arrachées. L’état de la denture des esclaves était donc toujours vérifié avant les transactions. De même, LIBERTY est rayé sur la représentation de la pièce de monnaie, avec un double sens : l’importance de ce droit fondamental revendiqué par l’artiste mais aussi sa privation dont sont victimes les noirs américains.
Dans la partie basse figure un singe noir, Ourang (-outan) indiqué en lettres vertes biffées d’un trait jaune, bras droit levé et bouche ouverte traduisant la protestation. Un dessin grillagé sur le torse schématise la cage thoracique d’où est peut-être issu le diagramme sus-jacent. A la droite du singe une échelle est représentée. Alors qu’il est déjà célèbre, Basquiat peint souvent ce symbole d’une ascension sociale tant désirée, lui qui rêvait de voir ses œuvres exposées dans des musées plutôt que vendues dans les galeries.

Basquiat ne faisait jamais aucun dessin préparatoire. Le contenu et la signification de l’oeuvre étaient longuement réfléchis avant sa réalisation, toujours très rapide dans un mouvement dynamique, traduisant son extraordinaire puissance créatrice. Ce tableau est riche de symboles dont la connaissance est utile pour la compréhension de l’oeuvre, tout en laissant une part de rêve et d’évasion à l’appréciation du spectateur.

Pascal Gueret

HeART

In Italian, 1983 – The Brant Foundation
Greenwich, CT. USA

Chargement...

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer