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Le cœur fait ce qu’il veut. Gérard Fromanger

Le mouvement pictural de la Figuration Narrative auquel a appartenu Gérard Fromanger s’est constitué dans les années soixante, alors que l’abstraction dominait en France mais que le Pop-Art commençait à s’imposer aux Etats Unis. Bien que plus tardif, ce tableau s’inscrit dans la ligne de ce mouvement mais sa genèse trouve ses racines dans un événement personnel vécu par l’artiste, ce qui lui ajoute une valeur affective.

Fromanger raconte lors d’un colloque organisé à l’occasion de la présentation de cette série pendant l’exposition Art-Paris en 2015 les circonstances très personnelles qui l’ont amené à réaliser ces toiles. Dans les suites immédiates d’une intervention chirurgicale, il est placé sous surveillance dans une unité de réanimation. Il est très intrigué par tous ces signaux qui s’inscrivent de façon apparemment anarchique sur l’écran de surveillance et dont il ne comprend pas la signification. N’osant poser la question aux médecins présents dans sa chambre, il s’adresse un peu plus tard à l’infirmier qui lui fournit cette réponse lapidaire : « Monsieur, le cœur fait ce qu’il veut ! ».

En 2014 et 2015, Fromanger va réaliser une série de 10 toiles sur ce thème, dont 6 Cardiogramme – Peinture de grandes dimensions représentant ces signaux, mais sur un fond de couleur à chaque fois différent.

On y reconnaît 2 tracés d’électrocardiogramme et des courbes de pression et respiration. Ce tableau a donc été composé bien après la grande époque de la Figuration Narrative mais on y retrouve des constantes caractéristiques du travail et du style de l’artiste.

La signification profonde tout d’abord : la figuration est narrative dans le sens où elle s’inspire des images de l’ensemble du quotidien issues de la photographie ou de la publicité et qui figurent sur la toile, avec très souvent une connotation sociale et surtout politique, comme cela était le cas en 1968.

La forme ensuite : les couleurs sont très saturées, et les éléments juxtaposés sans perspective. Sur ce fond de bleu outremer très profond, les mêmes couleurs acides sont utilisées par l’artiste pour représenter les signaux physiologiques se déroulant sur l’écran et les personnages, ce qui donne de la cohérence picturale à l’ensemble.

Même si cette série a été composée dans les suites d’un événement personnel vécu par l’artiste, le message qu’elle transmet prétend s’adresser au plus grand nombre, nous tous qui sommes représentés sous la forme de ces personnages attablés à une terrasse de café, sous des parasols. Ces ombres colorées sont probablement issues d’une photographie prise dans la rue, comme le fait fréquemment cet artiste. Dans les autres toiles de cette série, il s’agit d’une foule d’anonymes déambulant dans la rue.

« Le cœur fait ce qu’il veut » est une façon pour l’artiste de revendiquer par chaque individu sa liberté d’affect, d’action, de comportement mais aussi , dans le cas présent, l’information qui est due au patient sur son état de santé, puisque cet épisode personnel est à l’origine de la composition du tableau.

Jean-Jacques Aillagon souligne que « la personnalité (de Gérard Fromanger) est un miroir tendu au monde. Son oeuvre est le reflet de ce monde et le moteur de la volonté ardente de le changer »

Cardiogramme-Peinture, Bleu outremer foncé. 2014. Acrylique sur toile, 200 x 150 cm.
Courtesy Caroline Smulders, Paris - © G Fromanger

Cardiogramme-Peinture, Bleu outremer foncé. 2014. Acrylique sur toile, 200 x 150 cm.
Courtesy Caroline Smulders, Paris – © G Fromanger

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